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Cultures numériques en question

comment l'informatique est magique ?

 

Il est difficile de pratiquer le numérique comme technique de communication sans se poser également la question du numérique comme culture spécifique, en particulier pour les associations qui œuvrent peu ou prou dans le champ de l'intervention socio-culturelle. Mais il est également difficile de discuter de "culture numérique" sans traiter d'abord du concept de "culture". L’intérêt de ce (relatif) détour est d'échapper à la confusion entre "culture numérique" et "pratique du numérique", deux choses qui sont fortement liées mais ne se confondent pas.

Sur l'usage de la culture, la référence incontournable est celle de Michel de Certeau. Ses propos sur l’usage des technologies en font un auteur particulièrement intéressant pour qui s'intéresse à la culture par le biais des pratiques. C’est dans « Les arts de faire » (1980) que son propos rejoint ainsi la démarche engagée des cultural studies. Erving Goffman est auteur important pour la compréhension de la dimension culturelle des comportements individuels, notamment lorsqu’ils sont instrumentés. S’appuyant sur la notion de cadre proposée par Gregory Bateson (1977), il élabore le concept de cadre d’expérience (Goffman, 1991) qui contraint l’appréhension de la réalité et les comportements. La sélection et la mise en œuvre d’un artefact numérique peut ainsi être expliquée en fonction de ce cadre d’expérience, c’est-à-dire la singularité de l’appréhension individuelle de la réalité sociale.

 L’intégralité de l’œuvre de Pierre Bourdieu contribue à la compréhension de ce qui fait culture, du rôle qu’y jouent les médias et du rôle déterminant des appartenances sociales. Difficile de conseiller une publication plutôt qu’une autre tant ses travaux sont passionnants et/mais intriqués. Je recommande pourtant la lecture d’un article bref, « Les trois états du capital culturel » (1979) qui aide à réfléchir sur les indicateurs du capital culturel individuel, parfaitement applicable à nos questionnements sur la culture numérique. Les recherches de Bernard Lahire qui se pose en héritier critique de Pierre Bourdieu permettent une compréhension plus fine de la façon dont les individus agissent en fonction de la coloration sociale de leurs cadres d’expérience. Il montre comment l’individu règle son comportement selon ces matrices de socialisation (1998, 2004). Voilà qui aide à comprendre pourquoi les pratiques personnelles des technologies numériques ne sont pas toujours transposées dans la vie professionnelle. Voilà qui éclaire le peu d’appétence des élèves à utiliser les technologies numériques à l’École à des fins scolaires quand ils en sont si friands pour leurs propres usages (Cerisier & Popuri, 2011).

La question posée est celle de l’acculturation numérique. Il semble heuristique de lire les spécialistes des aspects culturels attachés aux processus migratoires. Le modèle proposé par John W. Berry et David L. Sam (1997), même s’il est très schématique, permet de se questionner sur les processus individuels et collectifs qui permettent d’analyser le passage d’une culture à une autre. On peut l’appliquer à la diffusion massive et rapide des technologies numériques pour en analyser les processus (Cerisier, 2008) . Pour nuancer cette approche et la compléter, la lecture de Roger Bastide est utile. Dans différentes études comme dans celles qu’il a réalisées au Brésil (Bastide, 1960), il met en évidence la dimension psychologique de l’acculturation en observant que ce sont bien des hommes qui entrent en relation et non des cultures. Pour terminer cette première partie, il convient d’ajouter les travaux récents d’Olivier Donnat (2009) qui soulignent la prégnance des écrans de toutes sortes dans les pratiques culturelles des français. Son enquête très détaillée renvoie les technologies numériques à ce qu’elles sont, non pas une culture en elle-même mais un élément déterminant de notre culture. Le titre de son en ouvrage en témoigne puisqu’il évoque non pas la « culture numérique des français » mais « les pratiques culturelles des français à l’ère numérique ». La formule a largement été reprise.